Deutsch  English  Français  Русский

« Le principal potentiel d'évolution réside dans l'automatisation. »

Lors d'un entretien avec l'équipe CPS, le professeur Herlitzius, responsable de la chaire Technologies agricoles à l'Université technique de Dresde (TU Dresden), fait le point sur la régulation des émissions à l'échappement, les systèmes de propulsion alternatifs et l'avenir du secteur du machinisme agricole.

 

Où escomptez-vous des évolutions technologiques fondamentales dans le secteur du machinisme agricole ?

D'un point de vue général, les évolutions se concentreront sur trois axes majeurs au cours des prochaines années, à savoir les concepts machines, l'automatisation et les services. Pour ce qui est des machines, nous devrions vivre dans un premier temps une poursuite de l'évolution actuelle. Il faut savoir que la puissance d'un tracteur a augmenté de 2,5 chevaux en moyenne par année au cours des cinq dernières décennies. Pour les moissonneuses-batteuses, la puissance a même progressé de 7 chevaux en moyenne par an. Cette tendance devrait se poursuivre quelques années encore. Néanmoins, il faut s'attendre à ce que la puissance des machines atteigne un jour un plafond, d'une part en raison de la baisse des réserves de carburants d'origine fossile, d'autre part en raison des effets négatifs de la compaction des sols et des restrictions dimensionnelles qui s'imposent aux machines agricoles pour respecter le Code de la route. Les constructeurs usent déjà de beaucoup de malice pour s'y conformer.

 

Le professeur
Thomas Herlitzius

Voilà pourquoi je pense que le principal potentiel d'évolution réside dans l'automatisation, c'est-à-dire dans l'exploitation accrue des technologies de l'information et dans l'extension de l'électronique embarquée, ce qu'on appelle l'agriculture de précision. En effet, les méthodes utilisées dans l'agriculture ne sont plus des mesures isolées mais plutôt des processus qu'il convient de gérer de manière centralisée. Cette mutation ouvre la porte à la création de nouveaux services. De nombreuses entreprises, surtout les plus petites, risquent fort d'être vite dépassées face à la complexité de la gestion des processus. Aussi, comme dans l'industrie, il est tout à fait envisageable que de nouveaux prestataires percent sur le marché en se positionnant sur ce segment.

 

Que pensez-vous du débat actuel sur les technologies de dépollution ?

Les trois premières normes, Tier 1, 2 et 3, ont démontré tout leur intérêt. Elles ont permis d'évoluer à pas de géant dans le secteur des technologies moteur, mais aussi dans le domaine du machinisme agricole, entraînant une réduction de la majeure partie des émissions polluantes. Pour ce qui est de Tier 4 (Stage IIIb et Stage IV), je suis déjà plus réservé. Outre le fait que de nombreux pays, principalement en Asie, n'ont pas encore décidé d'introduire des normes antipollution ou bien n'ont pas encore décidé des normes à introduire, l'arrivée de Tier 4 impose aux constructeurs européens et américains avant tout des coûts supplémentaires. Ces coûts seront immanquablement répercutés sur le prix des machines. En effet, qu'il s'agisse de la technologie SCR ou EGR avec filtre à particules, toute solution engendre des dépenses supplémentaires. Par ailleurs, nous savons déjà que les nouveaux systèmes auront un impact plutôt négatif sur la consommation de carburant. Les filtres à particules ont besoin de carburant pour le processus de régénération et les catalyseurs SCR engendrent une consommation supplémentaire de solution AdBlue®. Si les constructeurs veulent obtenir une réduction de la consommation, ils y parviendront plutôt en cherchant à améliorer le rendement de la machine et de la chaîne cinématique. Il n'existe pas encore d'informations ou de résultats d'essais comparatifs vraiment tangibles ou ceux-ci n'ont pas été divulgués. Je pense qu'il aurait été plus profitable au monde d'investir l'argent qui a servi à la mise au point des nouvelles technologies de dépollution dans le développement de systèmes de propulsion alternatifs.

 

Est-ce que la technologie diesel est appelée à être remplacée à terme par de nouvelles solutions ? Si oui, d'ici combien de temps selon vous ?

On peut imaginer que les modes de propulsion électriques sont appelés à jouer un rôle de plus en plus important dans l'agriculture, même si cela va quelque peu durer. Nous avons affaire à des machines d'une puissance allant jusqu'à 1 000 ch et exploitées 14 heures par jour. A brève échéance, il paraît impossible de réussir la substitution à l'aide de moteurs électriques ou de piles à combustible. Il reste encore beaucoup à faire pour amener les accumulateurs, c'est-à-dire les batteries, à maturité. Si l'on prend l'exemple du tracteur à pile à combustible, les solutions présentées pour l'instant par certains constructeurs relèvent plutôt du prototype. Beaucoup de choses restent encore à mettre au point. Néanmoins, une chose est sûre : d'ici cinq à dix ans, les solutions hybrides et les systèmes de propulsion diesel-électriques feront leur apparition sur les machines agricoles. C'est ainsi que je vois l'avenir. Il est clair que les constructeurs ont un certain nombre de défis à relever. Il convient de s'y préparer maintenant pour trouver les bonnes solutions.

 

Le professeur Thomas Herlitzius est responsable de la chaire Technologies agricoles auprès de l'Université technique de Dresde (TU Dresden). Sa chaire est rattachée à l'Institut de recherche sur les machines de transformation et les machines mobiles.